Peur de l'anonymat sur Google

La France a-t-elle peur de l’anonymat sur la Toile ?

Sur internet, on peut se lâcher. Parfois trop. Et sans se mouiller. Du coup, quelques politiques n’hésitent plus à demander l’interdiction de l’anonymat sur le Web. Et ce n’est pas forcément une bonne idée…

Quel est le rapport entre le Printemps arabe, la montée en puissance des « hacktivistes » d’Anonymous… et une micro-bataille politique en Lorraine qui a certainement poussé le sénateur mosellan Jean Louis Masson à déposer une proposition de loi visant à interdire l’anonymat des blogueurs ? L’anonymat en ligne, au coeur de nombreuses polémiques depuis quelques mois.

Certains lui attribuent le succès des révolutions arabes, d’autres y voient une condition indispensable à la liberté de ton sur internet.

D’autres encore, à l’inverse, veulent y mettre un terme, qu’ils s’estiment la cible de plusieurs blogueurs masqués aux propos jugés diffamatoires ou qu’ils privilégient un Web social sur lequel la vie privée ne doit plus être un tabou.

Des géants comme Google et Facebook réclament aussi la fin de l’anonymat, mais c’est moins avouable, surtout pour mieux monétiser nos identités.

facebook

Selon le côté où l’on se place l’anonymat sur le Web est autant une solution qu’un problème. Alors que les internautes ont longtemps été considérés comme de simples spectateurs, le Web 2.0 les met désormais en avant. Les outils de publication, du blog jusqu’à Twitter, en passant par l’un de leurs plus grands symboles, Facebook, ont offert à tous autant de moyen d’agir en producteurs de contenus et, de fait, de dévoiler une part d’eux-mêmes… ou pas.

Garons à l’esprit que beaucoup de Français, la majorité d’ailleurs n’ont toujours pas créé de blog ni de compte sur un réseau social. Mais quand bien même un internaute désirerait conserver l’anonymat sur Internet, serait-ce seulement possible ? Il existe bien des outils permettant de surfer relativement incognito, comme Tor, mais ils ne pourront jamais lutter contre les failles humaines. Sur les réseaux sociaux, notamment.

reseaux sociaux

Qu’il s’agisse de Facebook ou du plus récent Google+, par exemple, rien n’empêche ses membres de poster et de partager une photo de vous, à votre insu, et sans que vous soyez jamais mis au courant.

D’autant que n’importe qui peut utiliser l’outil de reconnaissance de visages de Facebok pour « marquer » une photo et y inscrire votre nom sans que vous le sachiez. La commission nationale informatique et libertés (Cnil), pourtant a mis en place des services d’aide aux internautes pour demander à un site ou à son administrateur l’effacement des données les concernant.

Mais sur Facebok, précisément, il est aujourd’hui impossible de savoir ce qui est publié sans y ouvrir un compte. Difficile à préserver à tout prix son anonymat dans ces conditions.

« C’est effectivement très compliqué »

Convient le chef du service de l’expertise informatique de la Cnil, Gwendal Le Grand. Même si une victime y parvient, elle s’expose à « l’effet Streisand », qui fait référence à l’attaque en justice initiée par Barbara Streisand à l’encontre d’un photographe à qui elle reproche d’avoir diffusé des photos aériennes de sa maison. Une fois cette affaire étalée sur la place publique, lesdites photos sont soudain devenues très populaires sur le Web, à tel point que le chanteuse avait définitivement perdu tout contrôle sur elles.

Pouvoir s’exprimer sans crainte…

Parallèlement aux réseaux sociaux, où intervenir à visage découvert est la règle, se sont développés des espaces où, au contraire, l’anonymat est une obligation. C’est le cas des sites comme 4chan.org et de ses ancêtres Futuba Channel et 2channel, des forums d’échanges alimentés par des internautes anonymes où le fils de discussion ne restent en ligne que quelques jours (parfois quelques heures).

« La particularité de 4chan, c’est son fonctionnement totalement anonyme, et dénué de mémoire. Il n’y a pas d’archives, pas de barrières, pas d’inscription. Et cela conduit à ces discussions souvent très crues, complètement libérées ».

Cette volonté permanente de cacher son identité a d’ailleurs permis l’émergence du collectif Anonymous dont les membres ont organisé et publié sur 4chan dès 2006 leurs premières actions.

4chan

 Christopher Poole raconte :

Un jeune homme s’amusait à maltraiter son chat et à poster des vidéos sur Youtube. Les Anonymous ont décidé de retrouver cet individu à partir des indices dénichés dans les vidéos. Ils ont découvert son identité en moins de 24H, ce qui a permis à l’époque son arrestation.

Si les actions des Anonymous sont bien plus virulentes aujourd’hui, l’anonymat reste leur arme de prédilection, indispensable à la poursuite de leur activité.

… Ou avoir la volonté de nuire ?

Poole, de son coté, préfère insister sur la nécessité de défendre le droit à l’anonymat en ligne comme garant de la liberté de ton sur la Toile :

Les sites comme 4chan sont en voie d’extinction aujourd’hui? Ils sont en danger, car ils se transforment en réseaux sociaux. Nous nous dirigeons vers l’extinction progressive de la vie privée. Nous sacrifions beaucoup de choses, et je pense qu’en le faisant nous avons tout à perdre. Il reste très peu d’endroits où vous pouvez aller sans aucune identité, en étant complètement anonyme. Et dire que ce que vous souhaitez, c’est très puissant ! Faire ce que vous voulez, en revanche, c’est franchir une limite.

Le sénateur de la Moselle jean-Louis Masson s’oppose fermement à cette vision d’Internet. Il a dépose en mai 2010 une proposition de loi visant à obliger les éditeurs de sites de communication en ligne à publier leurs nom, prénom, domicile et numéro de téléphone pour faciliter leur identification. Cette proposition est motivée par la volonté :

de mieux protéger les éventuelles victimes de propos inexacts, mensongers ou diffamatoires, qui sont, hélas, de plus en plus souvent colportés sur la Toile.

securite internet

Une initiative qui n’a pas manqué de provoquer la colère de la blogosphère française. D’une part, parce que la Cnil met déjà des outils permettant d’exiger un droit de réponse à disposition des individus s’estimant victimes de diffamation sur Internet. Et si la procédure n’aboutissait pas, la Commission conseillerait alors de porter plainte auprès des autorités compétentes, qui pourraient retrouver l’identité de l’auteur des propos dans le cadre d’une enquête.

D’autre part – comme l’a rappelé à l’époque l’association Reporters sans frontières -, une telle loi « nuirait à de nombreux blogueurs qui s’expriment sur leur vie privé ». Voir sur la situation politique de leur pays, comme ce fut le cas durant les révolutions en Tunisie, en Egypte, au Yémen et en Libye, où le Web a joué un rôle majeur.

Une proposition de loi très opportuniste

En mai 2010, le sénateur de la Moselle Jean-Louis Masson a déposé une proposition de loi visant à donner aux éditeurs de services de communication en ligne le même statut juridique que les éditeurs de presse. En somme, les obliger à signaler aux lecteurs leur véritable identité ou à donner au moins à ces derniers des moyens d’exercer un droit de réponse s’ils s’estimaient victimes de propos diffamatoires.

Outre le fait qu’il existe déjà des recours permettant aux victimes d’entamer des actions en justice contre n’importe quel blogueur ou titulaire d’un compte Twitter, cette proposition de loi a rapidement fait les frais du passé houleux de son auteur en matière de … diffamation. Premièrement, non sans opportunisme, Jean-Louis Masson a déposé cette proposition quelques semaines après avoir déclaré être la cible d’attaques de blogueurs anonymes derrière lesquels se cacherait son éternel adversaire politique local, François Grosdidier.

Certains hommes politiques se servent des blogs pour diffuser des propos diffamatoires? je pense que s’il y avait eu des règles plus contraignantes lors des élections municipales à Metez, la situation aurait été différente.

confiant-il alors à un blogueur local. Pour la petite histoire encore, lors des élections municipales à Metz en 1983, Jean-Louis Masson se disait victime de tracts anonymes diffamatoires à son encontre … avant d’être obligé de se retirer de la course à la mairie quelques jours plus tard. Il s’est avéré qu’il avait lui même lancé cette campagne de détractage pour décrédibiliser son adversaire d’alors. (Tout est dit …)

internet

Un arsenal juridique déjà existant

L’un des blogueurs les plus actifs de la révolte tunisienne, connu sous le pseudonyme Astrubal, expliquait sur le site 01net, en mars dernier, les raisons de son anonymat :

Je voulais surtout séparer mon activité professionnelle [d’enseignant universitaire, Ndlr] de mon activité militante […] Est-que l’anonymat m’a servi du point de vue de ma sécurité ? Oui, sûrement.

Interdire l’anonymat sur le Web, ce serait comme obliger les passants dans la rue à porter en permanence une pancarte sur laquelle serait affiché leur nom. Il est finalement un droit quasi fondamental et inscrit dans l’ADN du Web. Comme le souligne le président de la Cnil, Alex Türk :

Il faut appliquer à Internet le même type de raisonnement que pour l’écologie, dont la charte a été adossée à la Constitution. Nous devons avoir le droit de protéger notre environnement numérique. […] Il faut un droit à l’incognito, à la solitude sur internet.

Il n’existe aujourd’hui aucun moyen d’obliger les internautes à surfer à visage découvert aux yeux de tous, mais en contrepartie, ces mêmes internautes n’ont que très peu de chances d’échapper aux autorités s’ils commettaient des actes passibles de poursuites.

Pour preuve, à l’heure où nous écrivons ces lignes, le FBI vient tout juste d’opérer un coup de filet d’envergure chez les Anonymous en arrêtant seize d’entre eux dans neuf Etats différents.

A moindre échelle, la Cnil rappelle également que les éditeurs de blogs ou de tout service de communication en ligne sont tenu, depuis 2010, de garder pendant un an les adresses IP de tous les internautes qui y contribuent (notamment par le biais des commentaires). Des informations qui devront être obligatoirement communiquées aux autorités si elles en faisaient la demande.

Contrairement à ce que laisse entendre M. Masson, le Web n’est donc pas un espace hors-la-loi où tout est permis. Faut-il alors vraiment interdire l’anonymat sur le Web ? Impossible, en vérité, et ce serait vraiment dommage. Internet est un espace de liberté qui montre en permanence sa capacité d’autorégulation.

Espérons que nos politiques, globalement peu au fait des pratiques du Web, sauront s’en rappeler.

Auteur et source : Christopher Ciminelli, dans l’ordinateur individuelle (par 01net.com)

Chombeau Alexandre

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